Ces dernières années, les opérateurs mobiles – en tout cas les trois « historiques » (SFR-Bouygues-Orange) – ont été pointés du doigt pour diverses raisons : harmonisation plus ou moins concertée des prix, opacité complète des diverses offres disponibles, difficulté de résiliation…
Fort heureusement pour le consommateur, la tendance est à l’amélioration. Et la portabilité y joue un rôle certain.

Et si on essayait la concurrence ?

Pouvoir changer facilement d’opérateur mobile tout en gardant son numéro, c’est remettre le pouvoir de décision dans les mains du consommateur. C’est lui donner, ou à tout le moins lui faciliter, la liberté du choix, de la comparaison entre plusieurs possibilités. Le pari effectué étant que les opérateurs devront alors innover et, en résumé, proposer un meilleur service global que ses concurrents. C’est en définitive ressusciter la concurrence. Bien sûr, il a toujours été possible de changer d’opérateur. Après tout, chaque consommateur, lorsqu’il s’engage avec un opérateur, passe un contrat. Ce contrat est en quelque sorte la garantie, pour les deux parties, d’une volonté de travailler ensemble. Le problème étant qu’au fil des années, ces contrats sont plus devenus des prisons qu’autre chose pour les consommateurs. Imaginons ce qui se passe sans portabilité : je souhaite changer d’opérateur. La procédure suis son cours, le changement a effectivement lieu, mais je perds mon numéro. Je dois alors recontacter, d’une manière ou d’une autre, tous mes contacts et leur faire parvenir mon nouveau numéro. Et encore, il faut que je possède moi-même encore leurs numéros…Cela peut aussi impliquer de changer mes informations sur le site de ma banque, de mon entreprise… certains pourraient argumenter que ce ne sont que des conséquences bénignes, qui demandent peu d’efforts. Peut-être, mais, en soi, ça n’a aucun sens : si j’utilise un même service, pourquoi devrais-je tout changer ? La comparaison n’est pas parfaite mais l’idée est intéressante : changer de fournisseur d’électricité ne m’oblige pas à changer de maison…

Une vraie attente des consommateurs.

L’UFC-Que Choisir, acteur bien connu et reconnu de la défense des droits du consommateur, a publié il y a un an une étude sur le processus de changement de banque . Les reproches effectués rappellent à s’en méprendre ceux adressés aux opérateurs mobiles : complexité et longueur de la procédure, erreurs une fois le changement effectué… Quand 61% des individus ayant participés à l’enquête indiquent que la portabilité du numéro de compte bancaire « seraient plus facilement portés à changer de banque ». Dès lors, il n’y a qu’un pas à franchir pour imaginer d’autres applications de la portabilité : dans les assurances, pourquoi pas même dans l’administration publique (une carte d’identité « portable » qui fonctionnerait pour tous les pays) ?

Que répondent les banques ? D’abord qu’un tel système revient également à développer toute une structure qui permettrait de s’adapter aux changements de clients : coûts supplémentaires, que le client final devra dès lors soutenir. Ensuite, que l’IBAN et le BIC, par exemple, identifient la banque d’un individu. Dès lors, comment faire ? Harmoniser le système bancaire mondial dans le sens de la portabilité ? On ne peut aller contre les règles de la SEPA (l’espace de paiement européen intégré). Si la remarque est valable, elle ne rend pas pour autant la chose impossible.

Étendre le débat

L’argument principal en faveur de la portabilité, quels que soient les secteurs, est celui de la concurrence. L’argument principal de ses détracteurs ? Les coûts et les réformes structurelles profondes que cela pourrait engendrer. En somme, la seule réponse que le consommateur entend c’est : « trop compliqué ». Il est pourtant étrange de voir les entreprises et les secteurs se fermer d’entrer à la portabilité. Auraient-elles peur de perdre leurs clients ? Mais pourquoi ? Le consommateur n’a foncièrement pas d’intérêt à changer tous les quatre matins de banque, d’assurance ou d’opérateur mobile. En revanche, il a intérêt à avoir du choix. C’est assez représentatif de la période économique : les entreprises gèrent la peur, le risque. Et elles oublient que la concurrence est censée les tirer vers le haut. Elles, et leurs profits.